Voilà quelques décennies maintenant que le père Mario use ses savates à sauver la princesse Peach et à parcourir son monde de long en large. Un aventurier invétéré, certes, mais surtout un personnage atypique. Véritable héros, super star, Mario n’en demeure pas moins un bonhomme lambda cumulant plus de défauts que de qualités. Retour sur un des plus grands héros du jeu vidéo, aussi surprenant que commun.

dancing_stage_mario_mix_artwork_20051004

Mario assure toujours le show

I) Un métier commun et peu gratifiant

L’héritage Disney et le héros

nouvelle-edition-contes-grimm-L-1

"Ya, tu mets un peu de sexe, de violence et zé bon !"

On attend d’un héros qu’il possède certaines qualités physiques qui lui permettront de mener à bien ses missions. Pour terrasser des cohortes d’ennemis tout en gardant du style, il faut au moins ça. Les films d’animation estampillés Disney nous montre cela. Ils ont gravé dans nos esprits des stéréotypes aujourd’hui clairement attachés aux personnages du prince et de la princesse pour ne citer qu’eux.

Il est impensable de voir dans un Disney (à l’époque de Walt) des héroïnes au physique ingrat, des princes aux courbes difformes. Ces personnages incarnent et définissent même les concepts du Beau ou du Laid. N’oublions pas, néanmoins, que ces dessins animés ne sont que des adaptations libres des contes de Grimm, d’Andersen et de toute cette tradition orale qui varie selon les pays.

Miyamoto, à l’encontre de cet héritage

L’univers du conte est un des univers de référence de Miyamoto, le papa de Mario. Seulement, le créateur japonais a l’intelligence de ne pas nous resservir les stéréotypes de Disney. Au contraire, il les détourne. Il cherche à s’opposer à cette vision en donnant naissance à un héros aussi improbable que réel. Imaginer un plombier italien comme sauveur du monde a de quoi surprendre.

plombier_mq4

Mario au travail, scoop !

A partir de là, tout oppose le père Mario au prince/héros issu d’un film de Disney. Le personnage de Miyamoto a un travail. Un travail tout à fait ordinaire de plus. Plombier. Notre italien favori n’est sauveur du monde qu’à ses heures perdues, entre deux RTT et une pause clope.

C’est le fait même de travailler qui rend Mario si atypique et violemment en opposition aux clichés de chez Disney. Imagine-t-on un seul instant le prince sauveur de Blanche-Neige travaillant comme tourneur-fraiseur lorsqu’il ne sauve pas de damoiselles apeurées ? Est-il concevable de penser que dans Cendrillon, le prince amoureux de la jeune fille soit également un attaché commercial le reste du temps ? Non, tout cela est totalement inconcevable. Dans la relecture des contes traditionnels par Disney, les héros ne travaillent pas.

II) Un physique handicapant

Des tares physiques

mario_petitMario, super star, surprend par son travail mais également par son physique, tout aussi ordinaire. Il a du ventre, un bidon qu’il maintient au fil des épisodes sans jamais chercher à le perdre. Le plombier italien est populaire parce qu’il nous ressemble. Comme nous, il n’est pas parfait, développe un embonpoint qui le rend réaliste. Imparfait mais jovial, toujours de bonne humeur.

Autre petite tare, Mario n’est pas bien grand. Pour un homme, on peut même dire qu’il est court sur pattes. Lorsqu’on arrive que péniblement aux épaules de Peach, il y a de quoi douter de soi-même et de sa bonne fée. Voilà un défaut handicapant, être petit c’est ouvrir bien grand la porte des mépris et fermer celle de nombreux concours de la fonction publique.

Mario a également un gros nez, un tarin même, en forme de patate. Le rital de service se balade aux quatre coins du royaume Champignon avec un énorme truc en plein milieu de la figure. Notre héros collecte les tares, des défauts qui le rendent plus naturel. Mais jamais ces petites imperfections ne viennent gâcher son caractère, par essence optimiste et joyeux.

III) Un archaïsme entretenu

En dehors de la mode

soral

Communisme et bon goût ne vont pas ensemble

Mario est ordinaire, il accumule même les défauts physiques, et ce n’est pas tout. Il entretient également un certain archaïsme au niveau vestimentaire. Notre plombier est toujours vêtu d’une salopette, cela du premier épisode au dernier en date. Les modes évoluent, le monde change, mais pas Mario. Tel un syndicaliste chevronné, le père pasta garde sa salopette de prolo vissé au niveau des épaules.

La salopette c’est déjà quelque chose, mais que dire de ses chaussures marron ? Mario n’est qu’un virulent réactionnaire. Les tendances du moment ? Il s’en moque. Les sous-cultures qui émergent et nous abreuvent de leurs productions des semaines durant ? Il s’en moque tout autant. Mario garde sa salopette, ses chaussures marron, qu’il pleuve ou qu’il neige.

Et puis, n’oublions pas la fameuse moustache. Mario ne la coupe jamais, là encore il est allergique au changement. Pas de bouc, pas de filets de barbe pour jeunes adolescents. La bonne grosse moustache à la Staline, sinon rien. Voilà ce qu’est un homme, rien d’autre.

IV) Conclusion

Mario n’est au fond qu’une belle leçon d’auto-dépassement. Bourré de handicaps physiques, exerçant un travail ordinaire, ne changeant pas d’un iota sa garde-robe, le bonhomme n’en demeure pas moins un véritable héros populaire. C’est à force de persévérance, mais également grâce à quelques-unes de ses qualités, que le plombier italien arrive à dépasser sa condition socio-physique pour devenir lui-même un mythe.

mario-19930

Mario et la mort, il connait

S’il est aussi populaire, c’est peut être le fait de son intemporalité. Mario porte les signes d’une époque révolue et pourtant il ne change pas. Grâce à ces signes, il est pour nous réaliste. Et cette réalité, à travers lui, ne bouge pas. Dans un monde où il faut aller vite, toujours plus vite, une telle figure est rassurante. Physiquement, mentalement, professionnellement, Mario ne change pas. C’est un repère solide tel un puissant rocher auquel on peut s’agripper les jours de tempête.

N’allons pas croire néanmoins que Mario est un antihéros. Il incarne de nombreuses caractéristiques logiquement associées au héros traditionnel comme la rage de vaincre, le courage ou encore la sagesse. C’est un héros qui nous ressemble, tout simplement.