Chronique - Hotel Dusk (DS) Imprimer Envoyer
Écrit par Néant   
Mercredi, 31 Août 2011 18:05

 

Crépusculaire New York

 


 


Kyle Hyde, c’est un hargneux. Pas le genre à verser dans le compassionnel. Il parle pas aux gens, non, il les cuisine, il les fait mariner, à la dure, de l’interrogatoire sans langue de bois dans la pure tradition est-allemande. Ex-flic de New York, Hyde a dû en voir de la racaille, du drogué, du hippie. Le seul personnage de son passé qui refait surface physiquement dans l’hôtel, Louis, a changé de bord. Minable voleur, celui-ci a ouvert les yeux au commissariat quand Kyle lui raconta une anecdote douloureuse. Au-delà de la rudesse des personnages, le scénario laisse entrevoir des étincelles d’espoir, savamment distillées au compte-goutte, afin de ne jamais perdre la foi. Chaque personnage est sur le fil d’une quête désespérée. Ils se trouvent à l’Hôtel Dusk pour une raison bien précise, certains pour fuir, d’autres pour rattraper leurs erreurs. Tous cherchent à comprendre. A tenter de recoller les bouts d’une existence trouble aux pans éclatés par les déceptions et les malheurs. L’hôtel est le carrefour de destins entremêlés et de coïncidences troublantes.



Le flic tourmenté mélancolico-sarcastique

Dis comme ça, le scénario sent la déprime, et pourtant ! Cing, le studio à l’œuvre, réussit l’exploit de le rendre tendre et amusant. D’une part, la musique est en total décalage avec le ton supposé du soft.

En somme, la partie sonore contraste d’emblée avec le scénario et ses personnages torturés, décompressant par-là même une tension dramatique qui aurait certes été originale dans le paysage vidéoludique. D’autre part, les dialogues sont emprunts de traits d’humour et de sarcasmes qui, sans être tordants, parviennent à installer une ambiance en clair-obscur, avec des personnages qui se détachent de leurs ténèbres.



La trahison


Kyle Hyde n’est plus policier depuis qu’il a perdu la foi en son métier. Un jour, il apprend que son coéquipier et meilleur ami, l’homme en qui il avait le plus confiance, l’a trahi en participant à des activités mafieuses. Bradley ne veut rien expliquer à Hyde et il préfère la fuite. Furieux, Kyle dégaine et tire en direction du traître. A partir de ce moment, Bradley est porté disparu et Kyle n’est plus que l’ombre de lui-même. Reconverti professionnellement, Kyle est chargé par son patron d’aller récupérer un objet dans un hôtel paumé pour le ramener à son propriétaire. Il ne se doute pas que ces quatorze prochaines heures vont donner lieu à un huis-clos digne des plus grandes enquêtes policières.



On n'est pas loin de Silent Hill

Memento

 



Leonard Shelby dans Memento


La substance mémorielle d’Hotel Dusk n’est pas sans rappeler un film de Christopher Nolan sorti en 2000 : Memento. Ces deux œuvres partagent des traits similaires et certaines coïncidences ne sont vraisemblablement pas fortuites. Les protagonistes, d’abord, sont très proches graphiquement, blonds de cheveux, mal coiffés et mal rasés, fins et mélancoliques, ils sont profondément désorientés. Ce sont des désaxés de la vie. Vivants dans des hôtels miteux et loins de la civilisation, ils vont tous les deux mener une enquête, qui comme l’hôtel se situe à un carrefour de leur existence. Leur quête principale, celle qui les hante jour et nuit, consiste à traquer leur double malfaisant. Kyle Hyde poursuit Bradley pour lui demander des comptes, alors que Leonard Shelby veut faire la peau à un certain John G., responsable du viol et du meurtre de son épouse. Il y a chez ces deux personnages une gémellité vis-à-vis de leur ennemi irréductible. D’ailleurs, Kyle Hyde n’est-il pas un jeu de mot autour de Jekyll & Hyde ? Leur ennemi n’est pas moins que leur part sombre, une confusion qui sera entretenu dans ces deux thrillers.

 



Tatouages-indices


Autre similitude, dans les méthodes d’investigation employées, l’écrit occupe une place symbolique. Victime d’amnésie chronique, Shelby oublie tout ce qu’il a fait la veille à chaque lever du soleil. Pour se rappeler, il invente une méthode mêlant photographies, post-it et surtout tatouages. Il tatoue son corps avec tous les indices qu’il a pu récolter afin de ne rien perdre. Comme Shelby, le joueur utilise le stylet, cette fois pour écrire sur le calepin de Kyle Hyde et noter d’éventuelles pistes et détails intéressants. Le calepin est l’outil privilégié par Hyde dans son enquête afin de récolter des preuves et de recueillir les dessins et secrets des personnages secondaires.


Graphismes interdimensionnels

 



Cuisine en vue subjective 3D et carte en 2D

Cette disjonction dimensionnelle manifeste le blocage passéiste des personnages, amoindris par la perte d’un membre de leur famille sans avoir pu en faire le deuil. Partagés entre l’espoir et le désespoir, ils demeurent hantés par leur passé et ne parviennent à vivre au présent.



Kyle s'attendrit au contact des jeunes filles...

Mention

 


 

Commentaire


L’aventure proposée par Hotel Dusk est un parcours du pessimisme vers la lumière, illustré par la réalisation tout en couleurs des personnages au terme de l’enquête, enfin affranchis de leur passé et libres de vivre le cœur léger.



 

 

Mise à jour le Mercredi, 04 Juillet 2012 12:03
 

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