Le studio français Kheops Studio continue son bonhomme de chemin, depuis quelques années déjà, en proposant avec régularité ses dernières productions. Une des dernières en date s’attarde sur le personnage de Dracula. Difficile de passer après autant de réécritures et d’adaptations au cinéma et ailleurs. Le studio parisien réussit pourtant avec brio l’opération.
Bienvenue en Roumanie
I) L’ambiance, le cadre historique et l’angle de tir
Une approche historique
« Mon enfant, ce sera dur, très dur »
Kheops Studio ne reprend pas le personnage de Dracula pour rajouter une énième pierre à l’édifice fantasmée du comte sanguinaire. De Bram Stoker aux productions hollywoodiennes, le filon a été suffisamment exploité.
Le studio français se base lui sur des faits historiques. Le Dracula dont il parle n’est autre que Vlad Tepes (Vlad III), un tyran ayant vécu en Roumanie et surnommé l’empaleur du fait de son goût prononcé pour des us et coutumes d’un autre âge. L’homme dirigeait d’une main de fer ses terres et matait toute tentative de révolte voire même toute tentative de désordre un tant soit peu léger.
C’est donc sur ses traces que vous allez partir des heures durant, collectant de vieilles gravures, d’anciennes chroniques, des extraits d’études sur le personnage et bien d’autres choses encore. Une documentation impressionnante, comprenant au passage l’intégralité de la Bible et le Draculade Bram Stocker que Kheops Studio égratigne au passage par l’intermédiaire de ses personnages. Encore une fois, point de fantasme, vous incarnez le père Arno Moriani. Un prêtre catholique qui sait rester rationnel lorsqu’il s’agit d’approcher le mystère et le surnaturel.
Une mission du Vatican
Nous sommes en 1920 et tout commence par une mission que le Vatican vous confie. Il s’agit de se rendre au village de Vladoviste, perdu en pleine Roumanie, pour enquêter sur une vieille femme, morte il y a peu, une certaine Martha. Considérée comme une sainte par les villageois, possédant des pouvoirs mystérieux, vous avez donc la lourde tâche de tirer le vrai du faux de ce phénomène local pour savoir si le Vatican doit ou non considérer cette ancienne infirmière comme une véritable sainte et donc la canoniser.
Seulement, de cet objectif initial, vous allez ensuite partir à la recherche de Dracula. Remonter la voie du dragon pour tenter de le rencontrer et mettre à bas cette vieille légende. Peut-être qu’il ne s’agit au fond que d’un simple fantasme ? Ce serait alors pure perte de temps que de traquer le comte. Pourtant des groupes politiques et religieux cherchent à vous nuire. Les actes sont trop graves pour ne pas considérer sérieusement cette affaire.
Scénario et dialogues
C’est le point fort du jeu. Une histoire vraiment originale et prenante pour un dénouement intelligent. On sent que les développeurs ont bien bossé cet aspect du soft. Pour ce qui est des dialogues, il faut bien le dire ils sont eux aussi très réussis. Tous écrits dans un style très relevé, on prend du plaisir à lire des conversations aussi travaillées.
Une ambiance angoissante
Accueillant, non ?
L’ambiance est là, pesante, prenante. On se retrouve à errer dans Vladoviste, entre la brume environnante et les faibles lumières qui semblent mourir dans ce village froid et lugubre. Fantasmes et réalités se croisent, vous allez devoir parcourir ce hameau déserté de long en large. Du cimetière à l’auberge, en passant par le dispensaire. Seulement Vladoviste n’est pas votre unique destination, la Turquie et l’Autriche sont d’autres lieux primordiaux pour remonter jusqu’au dragon.
Level Design
Les lieux que l’on rencontre sont tous globalement bien pensés. En particulier ce petit village de Vladoviste perdu dans les brumes. On y évolue comme dans un labyrinthe, se perdant régulièrement dans ses ruelles. Les autres endroits visités eux sont plus conventionnels mais proposent une architecture qui fonctionnent tout aussi bien même si moins complexes.
Des graphismes léchés, sans exagérations, une musique stridente et angoissante sont autant d’éléments qui participent à l’élaboration de cette ambiance particulière. Elle vient s’appuyer en permanence sur le fond historique sur lequel repose le jeu. Il est question de Roumanie, de sécessions et de pressions politiques. On découvre ainsi les soubresauts d’un pays fébrile, à la limite du chaos.
Musique
Probablement un des doublages les plus pertinents pour un jeu de ce genre, en particulier lorsqu’il s’agit du père Moriani. Les bruitages eux aussi tiennent le haut du pavé et soulignent à la perfection le côté glauque des environnements que l’on visite. Les musiques, bien que plus discrètes, servent au mieux les lieux créés par les développeurs. Du beau boulot.
Pour faire revivre toute une époque, Dracula 3 joue à fond la carte de la documentation. L’avalanche d’informations est impressionnante, il faut prendre le temps de rentrer dans cette histoire, de lire et parcourir les feuillets, de scruter à la loupe des documents, d’enchaîner les conversations aussi bien avec les villageois qu’avec d’éminents journalistes et médecins. On apprend beaucoup mais toujours avec subtilité, sans lourdeur. On se prend au jeu et l’on n’a qu’une envie, parcourir cette voie du dragon pour percer le mystère de Vlad Tepes.
Esthétique
Esthétiquement, le jeu est très léché. On est admiratif devant la modélisation d’une Roumanie à la fois réaliste et fantasmée. Les personnages sont charismatiques et les différents endroits que l’on croisera ne montrent aucune petite faiblesse à ce niveau-là. Un vrai travail artistique. Techniquement, le jeu est également très abouti. Il s’agit d’un point and click, certes, mais il faut malgré tout signaler la qualité des graphismes. Il n’y a pas que Runaway dans la vie.
II) Des problématiques et thématiques adultes
Une question de foi
Vlad Tepes ou l’art de l’empalement
Le point and click est le genre par excellence permettant des traitements de fond de problématiques et de thématiques. Le père Arno Morinani, homme de foi touchant, nous amène à réfléchir sur bien des aspects de l’homme.
La question de la foi, évidemment, est centrale. Le père Arno va se retrouver au cœur d’un conflit aussi bien moral que religieux. L’homme devra savoir et donc choisir s’il faut poursuivre une voie malsaine ou non, et si oui à quel prix. Car le sacrifice et la violence que l’on s’inflige sont autant d’épreuves que l’homme d’église devra endurer. Partant d’abord d’une banale enquête sur la canonisation d’une femme, vous allez rapidement vous embarquer dans une aventure lugubre et sordide où le païen et l’infâme se mêlent.
Le père Arno, parlant souvent à lui-même, déroule lentement et avec précision les souffrances qu’il endure. Ses doutes sur son projet de « détruire » Vlad Tepes, la qualité de ses choix, la voie à suivre oscillant en permanence entre le Cœur (au sens Pascalien) et l’envie, le désir. Plusieurs scènes, en plus de dialogues toujours fins, viennent enrichir ce malaise de l’homme en proie à une lutte entre ses idéaux et une réalité abrupte où les tentations et les maux sont nombreux.
Entre la croyance et le doute
Dans une scène se déroulant en Turquie, le prêtre pour survivre au froid devra surmonter le sentiment de honte et de sacrilège qui le ronge en brûlant sa Bibleet son crucifix. C’est toute la problématique de la nécessitéqui se pose. A partir de quel point cette nécessité intervient-elle ? En vaut-elle la peine ? Est-ce au fond une nécessité ou une faiblesse ?
Un dispensaire austère
A un autre moment, le père Arno est une fois de plus mis à mal dans sa foi indéfectible de chrétien. Il rencontre Maria, la jeune infirmière qui remplace Martha au dispensaire du village. Rapidement, notre prêtre en mission sent que tout son être est attiré par la charmante jeune femme. Une attirance profondément charnelle. C’est toute la tentation originelle contre laquelle le chrétien doit lutter qui est ici illustrée.
Une nuit le père Arno rêve de Maria, à d’autres moments il nous fait part de ses égarements. Encore une fois, c’est l’homme dans toute sa faiblesse que l’on nous montre à travers ce personnage. Un être nous prouvant que le maintient de nos idéaux n’est jamais chose facile surtout lorsque l’on est que « l’infiniment petit » comme dirait Pascal.
Nationalisme et autres problématiques
En dehors de ces problématiques liées à la question de la foi, on découvre également avec intérêt d’autres thématiques abordées avec intelligence. La question du nationalisme et l’élaboration laborieuse d’un pays avec ses frontières et ses conflits divisant la population, l’avidité et le travail difficile consistant à séparer le réel du fantastique, cette quête de la vérité, les angoisses de l’homme sur la mort et le désir profond d’immortalité.
Que de sujets abordés ! On suit autant le chemin de croix du père Arno que les déchirures qui divisent la Roumanie. Le parcours initiatique qu’entreprend le prêtre nous interroge nous aussi. On apprend, on découvre, on se pose des questions. Nous ne connaissons peut-être pas encore les réponses mais nous avançons.
III) Un joueur aux usages multiples
Des phases de jeu variées
GTA peut aller se rhabiller !
Autre force du gameplay, c’est sa capacité à proposer au joueur des phases de jeu variées. Au cours de votre périple, vous allez faire face à bien des situations. Du simple interrogatoire au véritable casse-tête, la pression monte en même temps qu’augmente la difficulté des énigmes.
Parmi les expériences les plus marquantes, le joueur devra apprendre à tirer des photos dans un vrai laboratoire avec manipulation de produits chimiques et utilisation minutieuse d’appareils de développement, effectuer des prélèvements sanguins et comparer au microscope des molécules pour faire des rapports, faire fonctionner un vieil appareil à musique, désamorcer une bombe…
Gameplay et maniabilité
Comme la plupart des point and click, Dracula III propose un gameplay tout ce qu’il y a de plus basique. On clique sur les objets pour interagir avec eux, on avance en cliquant sur des flèches nous indiquant des directions. Le tout est assez rigide, comme le veut le genre, mais propose quelques phases que l’on peut comparer à des mini-jeux qui viennent varier les plaisirs. La gestion de l’inventaire est bonne même si l’on croule sous les objets. On peut regretter le fait qu’il n’y ait pas un système d’aides ou la visibilité via un bouton de tous les objets actifs dans une pièce.
Un héros polyvalent
La polyvalence du personnage que l’on incarne est un atout. Se retrouver le nez dans des situations aussi imprévues et variées apporte un vrai plus au titre. Il est assez rare de voir autant de fluctuations du gameplay, de petits écarts, dans un point and click.
Au fond, Kheops Studio cherche juste à nous proposer par cette petite manie une grande aventure nous nourrissant d’expériences parfois trop réalistes. Mais peu importe, on est là, porté par ce que vit le père Moriani, et on ne cesse de prendre du plaisir à poursuivre l’aventure nous conduisant à des situations toujours plus surprenantes.
Durée de vie
Le jeu est globalement assez long. Il vous faudra dans les 15 heures, au bas mot, pour percer le secret de Dracula. Le problème, gros problème même, c’est la difficulté du soft qui vient ruiner le plaisir de jeu. Alors que la première moitié du titre est agréable et n’est pas trop difficile, la seconde moitié elle vous fera vous arracher pas mal de cheveux. Les énigmes deviennent atrocement complexes, il faut être un véritable surdoué pour les surmonter. Résultat, on avance le PC dans une main, la solution dans l’autre. Le point noir du jeu.
Mention
Commentaire :
Dracula III marque par tous ces points positifs et même s’il a, comme tout jeu au fond, ses défauts ils ne ternissent pas véritablement l’aventure vidéoludique que propose ce troisième opus des aventures du comte. Sans trop de problème, il s’impose comme un des meilleurs jeux sur le boucher de Transylvanie et probablement l’un des meilleurs point and click. Rien que ça.
Cette entrée a été posté par Alfoux le 8 janvier 2010 à 6 h 00 min, et placée dans PC. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site.
Levelfive.fr continue son exploration atypique des jeux vidéo. Après l’art numérique, la question de l’intelligence artificielle (traitement pointu) et pas mal d’analyses transmédias, nous nous attaquerons dorénavant aux musiques des jeux vidéo. Car s’il y a bien un domaine oublié, ou injustement considéré, par beaucoup de joueurs (et non joueurs) en ce qui concerne notre La suite >
Certains jeux ne parviennent même pas à émerger la tête de l’océan des sorties, chaque semaine prêt à déborder. Du coup, on est toujours content quand on détecte dans ce raz-de-marée perpétuel un petit jeu oublié et sympathique. C’est notre côté justicier, la marque level five quoi. Ce petit jeu donc, je m’égare, se nomme La suite >
Sorti presque en catimini il y a des mois de cela, A boy and his Blob, reprenant le concept d’un antique jeu sorti à l’époque sur Nes, est pourtant un bon soft injustement oublié. Il est temps d’y revenir et de redécouvrir ce petit jeu pas comme les autres. Le principe du morphing Il n’y La suite >
Ne possédant pas de PS3 mais voulant tout de même juger le travail de David Cage, j’ai réussi à me procurer il y a peu un exemplaire du jeu Fahrenheit sur PC. J’avais bien essayé à l’époque Nomad Soul mais pas suffisamment pour avoir un avis définitif sur l’homme. Après quelques heures de jeu, et La suite >
Même si l’on est plus dans le cadre des jeux vidéo, il me semblait intéressant de se pencher un peu sur le cas de l’art numérique. Art utilisant la machine, et tous les procédés en découlant, pour créer une image, un film. Lorsqu’on prête un peu d’attention à cet art singulier, on remarque les nombreuses La suite >
On l’attendait depuis si longtemps. 5 ans, c’est long. On a même cru un moment donné que le jeu vidéo venait d’accoucher d’une nouvelle arlésienne. Il n’en est rien. Le petit studio Remedy Entertainment a tenu sa promesse. Alan Wake débarque enfin et tient globalement ses promesses. Un très bon jeu, intelligent, où l’on retrouve La suite >
Daedalic Entertainment, jeune studio allemand, nous propose enfin son jeu d’aventure après une longue attente. Le PC reste encore aujourd’hui la plateforme idéale du point and click. Et, à côté des géants comme Runaway 3, il existe quelques productions plus modestes mais parfois plus talentueuses également. Ces Chroniques de Sadwick en sont un bel exemple. La suite >
Après vous avoir parlé de l’importance des valeurs véhiculées dans les jeux et de l’utilité d’un gameplay, j’aimerais aborder avec vous un sujet qui a son importance aujourd’hui dans ce qui défini une expérience de jeu, sa durée de vie.
Dracula 3 : La voie du dragon (PC)
Le studio français Kheops Studio continue son bonhomme de chemin, depuis quelques années déjà, en proposant avec régularité ses dernières productions. Une des dernières en date s’attarde sur le personnage de Dracula. Difficile de passer après autant de réécritures et d’adaptations au cinéma et ailleurs. Le studio parisien réussit pourtant avec brio l’opération.
Bienvenue en Roumanie
I) L’ambiance, le cadre historique et l’angle de tir
Une approche historique
Kheops Studio ne reprend pas le personnage de Dracula pour rajouter une énième pierre à l’édifice fantasmée du comte sanguinaire. De Bram Stoker aux productions hollywoodiennes, le filon a été suffisamment exploité.
Le studio français se base lui sur des faits historiques. Le Dracula dont il parle n’est autre que Vlad Tepes (Vlad III), un tyran ayant vécu en Roumanie et surnommé l’empaleur du fait de son goût prononcé pour des us et coutumes d’un autre âge. L’homme dirigeait d’une main de fer ses terres et matait toute tentative de révolte voire même toute tentative de désordre un tant soit peu léger.
C’est donc sur ses traces que vous allez partir des heures durant, collectant de vieilles gravures, d’anciennes chroniques, des extraits d’études sur le personnage et bien d’autres choses encore. Une documentation impressionnante, comprenant au passage l’intégralité de la Bible et le Dracula de Bram Stocker que Kheops Studio égratigne au passage par l’intermédiaire de ses personnages. Encore une fois, point de fantasme, vous incarnez le père Arno Moriani. Un prêtre catholique qui sait rester rationnel lorsqu’il s’agit d’approcher le mystère et le surnaturel.
Une mission du Vatican
Nous sommes en 1920 et tout commence par une mission que le Vatican vous confie. Il s’agit de se rendre au village de Vladoviste, perdu en pleine Roumanie, pour enquêter sur une vieille femme, morte il y a peu, une certaine Martha. Considérée comme une sainte par les villageois, possédant des pouvoirs mystérieux, vous avez donc la lourde tâche de tirer le vrai du faux de ce phénomène local pour savoir si le Vatican doit ou non considérer cette ancienne infirmière comme une véritable sainte et donc la canoniser.
Seulement, de cet objectif initial, vous allez ensuite partir à la recherche de Dracula. Remonter la voie du dragon pour tenter de le rencontrer et mettre à bas cette vieille légende. Peut-être qu’il ne s’agit au fond que d’un simple fantasme ? Ce serait alors pure perte de temps que de traquer le comte. Pourtant des groupes politiques et religieux cherchent à vous nuire. Les actes sont trop graves pour ne pas considérer sérieusement cette affaire.
Scénario et dialogues
C’est le point fort du jeu. Une histoire vraiment originale et prenante pour un dénouement intelligent. On sent que les développeurs ont bien bossé cet aspect du soft. Pour ce qui est des dialogues, il faut bien le dire ils sont eux aussi très réussis. Tous écrits dans un style très relevé, on prend du plaisir à lire des conversations aussi travaillées.
Une ambiance angoissante
L’ambiance est là, pesante, prenante. On se retrouve à errer dans Vladoviste, entre la brume environnante et les faibles lumières qui semblent mourir dans ce village froid et lugubre. Fantasmes et réalités se croisent, vous allez devoir parcourir ce hameau déserté de long en large. Du cimetière à l’auberge, en passant par le dispensaire. Seulement Vladoviste n’est pas votre unique destination, la Turquie et l’Autriche sont d’autres lieux primordiaux pour remonter jusqu’au dragon.
Level Design
Les lieux que l’on rencontre sont tous globalement bien pensés. En particulier ce petit village de Vladoviste perdu dans les brumes. On y évolue comme dans un labyrinthe, se perdant régulièrement dans ses ruelles. Les autres endroits visités eux sont plus conventionnels mais proposent une architecture qui fonctionnent tout aussi bien même si moins complexes.
Des graphismes léchés, sans exagérations, une musique stridente et angoissante sont autant d’éléments qui participent à l’élaboration de cette ambiance particulière. Elle vient s’appuyer en permanence sur le fond historique sur lequel repose le jeu. Il est question de Roumanie, de sécessions et de pressions politiques. On découvre ainsi les soubresauts d’un pays fébrile, à la limite du chaos.
Musique
Probablement un des doublages les plus pertinents pour un jeu de ce genre, en particulier lorsqu’il s’agit du père Moriani. Les bruitages eux aussi tiennent le haut du pavé et soulignent à la perfection le côté glauque des environnements que l’on visite. Les musiques, bien que plus discrètes, servent au mieux les lieux créés par les développeurs. Du beau boulot.
Pour faire revivre toute une époque, Dracula 3 joue à fond la carte de la documentation. L’avalanche d’informations est impressionnante, il faut prendre le temps de rentrer dans cette histoire, de lire et parcourir les feuillets, de scruter à la loupe des documents, d’enchaîner les conversations aussi bien avec les villageois qu’avec d’éminents journalistes et médecins. On apprend beaucoup mais toujours avec subtilité, sans lourdeur. On se prend au jeu et l’on n’a qu’une envie, parcourir cette voie du dragon pour percer le mystère de Vlad Tepes.
Esthétique
Esthétiquement, le jeu est très léché. On est admiratif devant la modélisation d’une Roumanie à la fois réaliste et fantasmée. Les personnages sont charismatiques et les différents endroits que l’on croisera ne montrent aucune petite faiblesse à ce niveau-là. Un vrai travail artistique. Techniquement, le jeu est également très abouti. Il s’agit d’un point and click, certes, mais il faut malgré tout signaler la qualité des graphismes. Il n’y a pas que Runaway dans la vie.
II) Des problématiques et thématiques adultes
Une question de foi
Le point and click est le genre par excellence permettant des traitements de fond de problématiques et de thématiques. Le père Arno Morinani, homme de foi touchant, nous amène à réfléchir sur bien des aspects de l’homme.
La question de la foi, évidemment, est centrale. Le père Arno va se retrouver au cœur d’un conflit aussi bien moral que religieux. L’homme devra savoir et donc choisir s’il faut poursuivre une voie malsaine ou non, et si oui à quel prix. Car le sacrifice et la violence que l’on s’inflige sont autant d’épreuves que l’homme d’église devra endurer. Partant d’abord d’une banale enquête sur la canonisation d’une femme, vous allez rapidement vous embarquer dans une aventure lugubre et sordide où le païen et l’infâme se mêlent.
Le père Arno, parlant souvent à lui-même, déroule lentement et avec précision les souffrances qu’il endure. Ses doutes sur son projet de « détruire » Vlad Tepes, la qualité de ses choix, la voie à suivre oscillant en permanence entre le Cœur (au sens Pascalien) et l’envie, le désir. Plusieurs scènes, en plus de dialogues toujours fins, viennent enrichir ce malaise de l’homme en proie à une lutte entre ses idéaux et une réalité abrupte où les tentations et les maux sont nombreux.
Entre la croyance et le doute
Dans une scène se déroulant en Turquie, le prêtre pour survivre au froid devra surmonter le sentiment de honte et de sacrilège qui le ronge en brûlant sa Bible et son crucifix. C’est toute la problématique de la nécessité qui se pose. A partir de quel point cette nécessité intervient-elle ? En vaut-elle la peine ? Est-ce au fond une nécessité ou une faiblesse ?
Un dispensaire austère
A un autre moment, le père Arno est une fois de plus mis à mal dans sa foi indéfectible de chrétien. Il rencontre Maria, la jeune infirmière qui remplace Martha au dispensaire du village. Rapidement, notre prêtre en mission sent que tout son être est attiré par la charmante jeune femme. Une attirance profondément charnelle. C’est toute la tentation originelle contre laquelle le chrétien doit lutter qui est ici illustrée.
Une nuit le père Arno rêve de Maria, à d’autres moments il nous fait part de ses égarements. Encore une fois, c’est l’homme dans toute sa faiblesse que l’on nous montre à travers ce personnage. Un être nous prouvant que le maintient de nos idéaux n’est jamais chose facile surtout lorsque l’on est que « l’infiniment petit » comme dirait Pascal.
Nationalisme et autres problématiques
En dehors de ces problématiques liées à la question de la foi, on découvre également avec intérêt d’autres thématiques abordées avec intelligence. La question du nationalisme et l’élaboration laborieuse d’un pays avec ses frontières et ses conflits divisant la population, l’avidité et le travail difficile consistant à séparer le réel du fantastique, cette quête de la vérité, les angoisses de l’homme sur la mort et le désir profond d’immortalité.
Que de sujets abordés ! On suit autant le chemin de croix du père Arno que les déchirures qui divisent la Roumanie. Le parcours initiatique qu’entreprend le prêtre nous interroge nous aussi. On apprend, on découvre, on se pose des questions. Nous ne connaissons peut-être pas encore les réponses mais nous avançons.
III) Un joueur aux usages multiples
Des phases de jeu variées
Autre force du gameplay, c’est sa capacité à proposer au joueur des phases de jeu variées. Au cours de votre périple, vous allez faire face à bien des situations. Du simple interrogatoire au véritable casse-tête, la pression monte en même temps qu’augmente la difficulté des énigmes.
Parmi les expériences les plus marquantes, le joueur devra apprendre à tirer des photos dans un vrai laboratoire avec manipulation de produits chimiques et utilisation minutieuse d’appareils de développement, effectuer des prélèvements sanguins et comparer au microscope des molécules pour faire des rapports, faire fonctionner un vieil appareil à musique, désamorcer une bombe…
Gameplay et maniabilité
Comme la plupart des point and click, Dracula III propose un gameplay tout ce qu’il y a de plus basique. On clique sur les objets pour interagir avec eux, on avance en cliquant sur des flèches nous indiquant des directions. Le tout est assez rigide, comme le veut le genre, mais propose quelques phases que l’on peut comparer à des mini-jeux qui viennent varier les plaisirs. La gestion de l’inventaire est bonne même si l’on croule sous les objets. On peut regretter le fait qu’il n’y ait pas un système d’aides ou la visibilité via un bouton de tous les objets actifs dans une pièce.
Un héros polyvalent
La polyvalence du personnage que l’on incarne est un atout. Se retrouver le nez dans des situations aussi imprévues et variées apporte un vrai plus au titre. Il est assez rare de voir autant de fluctuations du gameplay, de petits écarts, dans un point and click.
Au fond, Kheops Studio cherche juste à nous proposer par cette petite manie une grande aventure nous nourrissant d’expériences parfois trop réalistes. Mais peu importe, on est là, porté par ce que vit le père Moriani, et on ne cesse de prendre du plaisir à poursuivre l’aventure nous conduisant à des situations toujours plus surprenantes.
Durée de vie
Le jeu est globalement assez long. Il vous faudra dans les 15 heures, au bas mot, pour percer le secret de Dracula. Le problème, gros problème même, c’est la difficulté du soft qui vient ruiner le plaisir de jeu. Alors que la première moitié du titre est agréable et n’est pas trop difficile, la seconde moitié elle vous fera vous arracher pas mal de cheveux. Les énigmes deviennent atrocement complexes, il faut être un véritable surdoué pour les surmonter. Résultat, on avance le PC dans une main, la solution dans l’autre. Le point noir du jeu.
Mention
Commentaire :
Dracula III marque par tous ces points positifs et même s’il a, comme tout jeu au fond, ses défauts ils ne ternissent pas véritablement l’aventure vidéoludique que propose ce troisième opus des aventures du comte. Sans trop de problème, il s’impose comme un des meilleurs jeux sur le boucher de Transylvanie et probablement l’un des meilleurs point and click. Rien que ça.